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G7 développement : réinventer les partenariats internationaux et la solidarité
Dans le cadre de la présidence française du G7, les ministres en charge du développement se sont réunis à Paris les 29 et 30 avril pour évoquer la refondation des partenariats internationaux et la réforme de l’architecture mondiale des financements pour le développement. L’occasion pour le groupe AFD de partager ses réflexions lors de cette réunion ministérielle sur le développement.
Guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient autour du détroit d’Ormuz, risques sur le pétrole, les engrais et les récoltes : les crises se multiplient et ont des répercussions importantes sur le financement du développement. « On assiste à un retour des contraintes physiques de l’économie », résume Thomas Melonio, chef économiste de l’AFD : énergie, intrants agricoles et routes commerciales sont plus que jamais au cœur des tensions internationales. Dans le même temps, le volume de l’Aide publique au développement (APD) des États membres du Comité d'aide au développement (CAD) de l’OCDE a chuté de 23,1 % en 2025 par rapport à 2024, ce qui constitue une baisse historique.
C’est dans ce contexte que se sont réunis les ministres du développement des pays du G7, pour réfléchir à un renouveau de l’approche de l’aide au développement autour de partenariats mutuellement bénéfiques. La présidence française du G7 en 2026 s’articule autour de deux priorités stratégiques : répondre aux grands déséquilibres macroéconomiques globaux et refonder les partenariats internationaux et la solidarité. La Ministre déléguée chargée de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger, Éléonore Caroit, l’affirme : cette nouvelle approche repose sur « la résilience, la souveraineté, l’efficacité et l’adéquation ». La France a fait de cette présidence un moment inclusif, en associant plusieurs pays émergents et partenaires aux discussions.
Trouver de nouveaux indicateurs
Le groupe AFD a contribué aux réflexions du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et du ministère de l’Économie et des Finances, en mettant son expertise, ses analyses et ses propositions au service des filières Développement et Finances du G7. Il a notamment publié un rapport intitulé « ODA and Beyond : toward an integrated approach to financing for development – The case of the AFD Group » (« L'APD et au-delà : vers une approche intégrée du financement du développement - Le cas du groupe AFD ») qui propose de mieux identifier la diversité des flux qui financent le développement durable, à partir du modèle du groupe AFD. Par exemple, la contribution aux efforts de réforme du cadre de suivi et de pilotage de l’APD et le financement du développement engagés notamment par l’OCDE.
Si on prend l'exemple des résultats annuels 2024, le groupe AFD distingue un volume d’activité global, un montant concernant la finance climat, un volume financier d’APD bilatérale... Il s'est appuyé sur 1,6 Md € de ressources budgétaires de l’État, tout en mobilisant 12 Md € d’investissements supplémentaires grâce à des cofinancements avec des partenaires de l'AFD. La question se pose donc clairement : quel indicateur suivre pour piloter le Groupe et mesurer sa performance réelle, à la fois en matière d’APD et de financement du développement durable, de façon plus large ?
Ainsi, la publication rappelle tout d’abord la centralité de l’aide publique au développement pour mesurer l’effort de solidarité de la part des pays donateurs, prioritairement pour les pays les plus vulnérables. Elle appelle ensuite à repositionner cette APD au cœur d’un ensemble plus large de financements qui contribuent au développement durable, partant du constat que l’APD ne mesure qu’une partie limitée des financements octroyés par le groupe AFD. En effet, la mobilisation financière pour la transition juste et les biens publics mondiaux, en priorité dans les pays à revenus intermédiaires, est moins reflétée dans l’APD. La comptabilisation de cette dernière pourrait être accompagnée d’une mesure complémentaire pour mieux capturer ces flux essentiels aux pays partenaires.
Le double alignement du groupe AFD
Dans ces deux cas, le groupe AFD s’appuie sur la complémentarité de ses instruments variés (dons, prêts concessionnels, prêts non concessionnels, garanties, investissements privés, expertise technique, cofinancements) et poursuit une logique de double alignement : chaque financement doit répondre à la fois aux priorités souveraines des pays partenaires et aux objectifs de développement durable.
Trois études de cas présentées dans le rapport illustrent ces enjeux :
- Au Bénin, 61 % des flux de l’AFD constituent de l’APD, indispensable pour l’éducation, l’énergie ou l’agriculture.
- Au Vietnam, l’APD ne représente plus que 31 % des flux : l’enjeu est de financer la transition énergétique et la résilience climatique.
- En Colombie, seuls 25 % des flux constituent de l’APD, mais ils soutiennent des politiques publiques climatiques, territoriales et sociales.
En conclusion, les pays membres du G7 ont adopté un communiqué ministériel qui réaffirme la solidarité en faveur des pays les plus vulnérables pour renforcer leur résilience. Il souligne l’importance d’améliorer l’efficacité de l’aide au développement et demande d’ouvrir et d'actualiser le cadre des partenariats internationaux pour mieux prendre en compte l’ensemble des flux qui contribuent au développement, inclure de nouveaux partenaires et in fine promouvoir une nouvelle approche du développement.
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Publié le 16 juin 2025